"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

Quand ‘ Allah ghaleb ‘ est utilisé à tort

Cette expression est tirée d’une grande vérité renfermée dans un verset coranique cité dans le Livre Saint. En effet, nous la trouvons dans la Sourate ‘ Joseph – Youcef ‘ verset 21. Elle est exprimée ainsi : « Allah ghaleb a’la amrihi » – اللَّهُ غَالِبٌ عَلَى أَمْرِهِ - dont le sens approximatif serait : ‘Allah ( Dieu ) est souverain en Son Commandement ‘. En d’autres termes, elle enseigne la suprématie du Créateur des Mondes sur toutes Ses créatures.

 Par Ahmed Khiat  

Or, nous les musulmans, par esprit de fatalisme, nous en avons retenu les deux premiers mots, tout juste pour justifier nos faiblesses, nos incompétences, notre irresponsabilité et parfois même, notre sournoiserie.

Allah ghaleb est dans toutes les bouches, du matin au soir, dans toutes les circonstances, chez les jeunes comme chez les vieux, gouvernants et gouvernés . Jugeons- en :

- Un jeune homme vous accoste dans un Bureau des P.T.T. et vous prie de lui remplir un chèque. Vous acceptez volontiers, et, profitant de l’occasion, vous le conseillez à apprendre à lire, à écrire et même compter un peu pour n’avoir besoin de personne à l’avenir. Il baisse le yeux, un peu confus, et vous répondra : « C’est vrai, vous avez raison, mais Allah ghaleb ! »

- Il est en bonne santé et ne travaille pas ; il ne cherche pas du travail, mieux encore, il ne veut pas travailler. Seulement, il ne s’empêche pas de se plaindre, de mendier, non pas devant la porte des mosquées, mais à l’intérieur même de la Maison de Dieu : « Aidez-moi ô bons croyants. Je n’ai pas l’habitude de mendier, mais Allah ghaleb ! »

- Il a déjà sept enfants et sa femme est enceinte. Il n’arrive pas à leur assurer le pain quotidien, à les éduquer convenablement. Essayez de lui demander pourquoi toute cette marmaille, et vous l’entendez vous dire : « Je suis de votre avis, surtout que les temps sont durs, mais Allah ghaleb ! »

- Il ne révise pas ses leçons, il ne veille pas pour étudier, et il ne fait aucun effort pour affronter son examen. Il échoue et vous dira : « Je n’ai pas réussi. C’est bien dommage , Allah ghaleb ! »

- Les caniveaux, jamais entretenus, sont évidemment bouchés. Une pluie forte tombe et c’est l’inondation en pleine ville. Le Maire, interrogé sur la catastrophe, vous dira : C’est déplorable ce qui est arrivé à ma commune ; cela est venu subitement et on n’a rien pu faire à temps. Allah ghaleb ! »

- Un immeuble habité tombe en ruine. Il penche un peu d’un côté. Il risque de s’écrouler à tout moment. Le Wali, alerté, fait la sourde oreille, ou bien il est occupé par d’autres ‘ priorités ’. Un beau matin, l’édifice s’effondre. Des morts. Des blessés. Des veuves et des orphelins. Le premier Responsable de la wilaya se déplace avec toutes les autorités sur les lieux sinistrés. C’est vrai, il est compatissant avec les familles des victimes. Il cherche comment justifier le drame et semble le trouver : « C’est produit malheureusement à l’improviste, Allah ghaleb ! »

- Un pont nouvellement construit cède ‘ facilement ’ devant une petite inondation. Des milliards de centimes s’envolent en fumée ; la route est coupée presque définitivement, quand il n’y a pas dégâts humains et matériels. Le Ministre concerné, au lieu de chercher les vraies causes et punir ceux qui sont à l’origine du drame, vous dira : « C’était vraiment une inondation exceptionnelle, rien ne résiste devant la force de Dieu . Allah ghaleb ! »
Et nous pouvons en multiplier à l’infini les exemples.

Ainsi ‘Allah ghaleb ! ’ est devenu passe-partout. Avec ‘Allah ghaleb ! ’, nous justifions l’injustifiable ; nous véhiculons l’idée de la capitulation, nous prêchons la fausse résignation. Et puis, nous invoquons le Nom sublime de Dieu, l’Omniprésent ! Comme quoi, ça nous dépasse, ce n’est pas de notre faute, nous ne sommes pour rien, c’est à dire : ‘Allah ghaleb ! ’

Maintenant, si vous me demandiez quelle solution je dois vous suggérer pour combattre ce fatalisme, cette maladie de la société comme la désigne M. Benbitour, je vous dirais que je n’ai pas de réponse, et pour cause : ‘Allah ghaleb ! ’

Mieux encore, si ce petit article ne vous plaît pas parce que je me suis mal exprimé, ou parce que je ne suis pas parvenu à vous convaincre du bien-fondé de mes allégations, eh bien, je vous prierai de m’excuser, chers lecteurs, de me pardonner, chères lectrices, c’est plus fort que moi : ‘Allah ghaleb !