"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

Le Moudjahed Tahar GAÏD n'est plus !

« Je peux partir tranquille pour mon pays. J’ai la conviction aussi que les martyrs ne sont pas morts pour rien, eux qui se sont sacrifiés corps et âme pour ce pays ! Je pense, en ces moments, à ma sœur Malika Gaïd morte les armes à la main. Là où elle est, et à l’instar de tous les martyrs, elle serait certainement contente de ce qui se passe. Leur sacrifice n’aura pas été vain. Pour chacun de nous qui avons lutté, c’est une récompense et un pur bonheur ».

Tahar Gad

Tahar GAID, le moudjahid de la première heure, militant du PPA/MTLD, membre fondateur de l’UGTA de Aissat IDIR, diplomate dans les chancelleries africaines ayant contribué à la libération du continent africain, auteur dans les prisons coloniales de l’hymne des travailleurs Algériens, organisateur des premières cellules de fida à Tighenif (ex palikao) dans la wilaya de Mascara, penseur et auteur d’une multitude d’ouvrages sur l’Islam « positif », frère de la chahida Malika GAID tombée au champs d’honneur les armes à la main, homme d’action et d’esprit de la trempe des grands que l’Algérie a enfanté, s’est éteint ce mardi 09 juillet 2019 à l’âge de 90 ans.

Par Abdelwaheb HAMINA

 

Le 22 du mois de décembre dernier, nous avions publié un modeste hommage « ad vitam aeternam » (de son vivant), un portrait, oh combien incomplet de l’érudit militant infatigable et insatiable qu’il fut.

Parler de ce monument qu’est Dido Tahar GAID, au passé, m’indispose et me chagrine tant sa prestance, ses idées, sa pensée et sa clairvoyance sont vivantes et demeurent d’une actualité frappante.

Dido Tahar était incontestablement un homme d’état de grand « gabarit », il a fait ses études aux côtés des défunts Mohamed Sahnoun, Smaïl Hamdani, Boualem Bessaïeh, et autres Abderrahmane Benhamida, Lakhdar Brahimi, qui furent ambassadeurs, ministres et même chef de gouvernement.

En janvier, lors du décès de son épouse, feu Louisa GAID, et dont nous avions fait la nécrologie sur les colonnes de  « la Voix de l’Oranie », nous avions eu une longue discussion à propos de son itinéraire. Il ne voulait en aucun cas en faire un leitmotiv ; il considérait que chaque action entreprise était inscrite sur un registre qu’il s’empressait à refermer, sitôt celle-ci terminée.

Par modestie ou par pudeur, il évitait de focaliser le débat sur sa personne, il rebondissait toujours sur des questions d’ordre philosophique, conceptuel, ou existentiel et sociétales. Le fil conducteur étant constamment l’Algérie et l’Islam, deux écosystèmes qu’il maitrisait parfaitement. Ses analyses sur les questions fondamentales sont  « tranchantes » et sans équivoque, même en ayant été diplomate pendant des années, il ne s’encombrait pas des « à priori » pour exprimer ses idées et disait ce qu’il pensait.

D’ailleurs, en s’exprimant en mars dernier à notre ami Hamid Tahri, sur la situation politique en Algérie, il avait fait preuve d’une pertinence d’une rare objectivité. Il déclarait « Je peux partir tranquille pour mon pays. J’ai la conviction aussi que les martyrs ne sont pas morts pour rien, eux qui se sont sacrifiés corps et âme pour ce pays ! Je pense, en ces moments, à ma sœur Malika Gaïd morte les armes à la main. Là où elle est, et à l’instar de tous les martyrs, elle serait certainement contente de ce qui se passe. Leur sacrifice n’aura pas été vain. Pour chacun de nous qui avons lutté, c’est une récompense et un pur bonheur ».

Il est parti « tranquille », il est parti rejoindre les « justes » qu’il aimait tant évoquer dans ses discussions. Repose en paix Dido Tahar GAID, tu resteras toujours parmi nous, tu demeures en nous comme l’ont été en toi les martyres de notre glorieuse révolution.

Abdelwaheb HAMINA.