"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

Portrait d’une « icone » de la révolution Algérienne: Tahar GAID, homme d’action, de culture et d’esprit clairvoyant

Tahar Gad

Grand érudit depuis toujours, le Moudjahid Tahar GAID, homme d’une simplicité inégalée, nous a souvent réprimandés comme un père lorsque nous nous approchons sans y être autorisés de son « trésor », de sa bibliothèque personnelle qui compte des milliers d’ouvrages.

Mais en avait-on vraiment besoin, lorsque par sa présence et son savoir encyclopédique, nous nous abreuvions à satiété ?

Par Abdelwaheb HAMINA 

 

Tahar Gaid, n’est autre que le frère de la chahida Malika Gaid, tombée au champ d’honneur les armes à la main et à la fleure de l’âge et qui mériterai à elle seule des volumes entiers de manuels d’histoire.

Mon témoignage vise à honorer de son vivant, ce monument qu’est Ami Tahar, ou Dido pour les plus intimes.

Cet homme, aussi rectiligne dans sa posture que dans sa vie, riche en faits historiques, ne peut être cerné par un simple article, aussi dense et long soit-il.

Il y’a matière à plusieurs ouvrages, tant cet édifice vivant de l’histoire de l’Algérie contemporaine, aussi discret que fécond dans la production littéraire, du haut de ses 89 printemps, nous invite à réfléchir et donner un sens à sa vie dans cette Algérie prisonnière de ses dogmes, ne laissant place qu’à la « flibusterie » et à l’amnésie collective.

La vie de Dido Tahar (que dieu lui préserve la santé) est, à mon sens l’expression de plusieurs vies en une seule : la vie du militant et du syndicaliste de la première heure, celle du prisonnier « actif » du centre d’internement « Bossuet », celle du proche camarade des leaders de notre glorieuse révolution, celle de l’auteur de l’hymne des Travailleurs Algériens composé dans les geôles du colonisateur, celle du fin diplomate ayant préféré les postes en Afrique aux chancelleries luxueuses d’Europe et des Amériques pour servir ses idéaux, celle de l’ami et confident des grands hommes de ce monde tel : le Ché, Fidel Castro, Kawamé Nkroumah, Malcom X, Djibo Bakari, Patrice Lumumba et tant d’autres chantre de la révolution mondiale et de la lutte anticoloniale.

Et enfin celle du penseur, de l’écrivain, du journaliste et de l’essayiste, de l’islamologue modéré prônant un islam d’amour et de tolérance, le vrai visage de l’islam, face à ces hordes sauvages qui déferlent la chronique à coups de massacres sanglants, mues par l’aveuglement de l’ignorance.

Je me trouve dans l’incapacité totale de « narrer » avec justesse la panoplie des qualités que recèle cette personnalité « hors du commun », de peur de ne pas être fidèle à l’histoire et à son authenticité, de peur aussi d’être réprimandé comme ce fut le cas durant ma jeunesse.

La complexité du parcours de « dido » Tahar Gaid me fascine, m’intrigue et me conforte à l’idée que les grands hommes de l’Algérie sont les plus modestes, humbles malgré l’énormité de leurs faits, et que l’histoire ne retiendra que ceux qui lui appartiennent.

L’intrigue est pourquoi ne séparons nous pas « le bon grain de l’ivraie », pourquoi nos manuels scolaires ne s’inspirent ils pas de sa conception « éclairée » et modérée de l’islam ? Pourquoi la sagesse est recluse au profit de la cupidité sans bornes de certains « apprentis sorciers » qui cherchent à monnayer leur culte ou des faits d’armes faussement attribués ?

La fascination c’est que, votre humble serviteur, l’auteur de ces lignes, n’a connu Marx, la dialectique, Ibn khaldoun et sa Moqadima, Rosa Luxembourg, Goethe, Gramsci et la « praxis », Spinoza et sa conception du bonheur, que grâce aux ouvrages du « trésor » de Dido.

Aussi, depuis une trentaine d’années, Tahar Gaid nous livre une pensée foisonnante, tantôt vision d’expert, tantôt œuvre pédagogique.

A partir de 1980, il publie un « Dictionnaire élémentaires de l’Islam » (OPU). puis « Réalités universelles de l’Islam »( OPU ) et « Religion et Politique en Islam « (aux éditions Bouchene), il publie à L’OPU un  « lexique philosophique arabe-français et français-arabe ».

Il traduit plusieurs livres de l'arabe au français dont :

  • Maison d'Ennour : Les Chi'ites et la réforme du Dr. Moussa al-Mussawî et Al-Wâfî du Dr Mustapha al-Bugha et Mahyu ad-Dîn Mistû.
  • Editions Iqra : La courtoisie en Islam (âdâb as Suhba) de 'Abd ar-Rahmân Sulamî,
  • La mesure de l'acte (mîzâne al 'amale) de l'imam Abou Hamid al Ghazali ;
  • Les cents étapes des itinérants (manâzile assâ'irîne) d'al Ansâri al harawi ; Imagine-toi, après ta mort !… (At Tawahum) de Muhâsibi ;
  • L'adoucisseur des cœurs (kittâb ar Riqqah) de Maqdisi ;
  • Commentaire de la sourate al-Baqara (la vache),
  • Commentaire de la sourate al-Fâtiha,
  • Commentaire du Coran : chapitre 'Amma, Hizb Sabbih : traduction et phonétique ;
  • Encyclopédie élémentaire de l'Islam (deux volumes),
  • Explication concise du Coran, Biographie du Prophète - sur lui la grâce et la paix –
  • Enseignements de la période mecquoise ;
  • La femme musulmane dans la société (deux volumes),
  • La maison du Prophète : Ses filles et ses épouses, une nouvelle (la bataille de Badr),
  • Apprentissage de la salat,
  • Pharaon et Moïse. Editions Tawhîd : Etude du chapitre 'amma ;
  • Explication et enseignement de la sourate al-Kahf (la caverne) Editions universel : Réflexion sur la création de l'homme et ses implications dans la vie.
  • La femme musulmane dans la société Passé et présent, égalité et différences (2004)
  • Les femmes dans le Coran (2006)
  • L'islam des premiers temps L'histoire du Prophète et des premiers musulmans avant l'Hégire 570 – 622 (2006)
  • Mariage et le statut social de la femme en Islam (2015)
  • Encyclopédie thématique de l'Islam Coffret tomes 1 et 2 (2012)

Il serait fastidieux de citer tous ses écrits compte tenu de leur quantité et de leur diversité, et je n’en ai aucunement l’ambition ; Cela relève du travail du biographe et de l’historien.

Mon seul désir est de rendre hommage à ce grand homme, «ad vitam aeternam», de lui témoigner ma gratitude et celle des citoyens honnêtes et sincères qui, loin des « projecteurs » gardent en leurs cœur l’image d’une Algérie riche de la noblesse d’esprit de ses enfants.

 Pour honorer cet authentique militant qui fut enseignant à Mascara (Tighenif ex Palikao), qui à été emprisonné de mai 1956 à Mars 1962 à la prison de Bossuet, et qui est l’un des fondateurs de l’UGTA de Aissat Idir, j’appelle tous ceux qui ont croisé son chemin, de prier pour qu’il se rétablisse et qu’il poursuive ses majestueuses publications.

Abdelwaheb HAMINA.