"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

Le python et la Révolution algérienne

Voilà un titre, pour le moins, déconcertant ! D’abord, que vient faire ce python dans notre Révolution ? Ensuite, y a-t-il des pythons en Algérie ? Le lecteur a raison de se poser ces questions avec étonnement. Cependant, et comme le dit le proverbe arabe ‘’ Ida ‘Ourifa essababou, zala el-‘ajabou ‘’ que je traduirai volontiers par : ‘ Lorsque la cause est connue, l’étonnement disparaît ’. Lire la suite...
  Par Ahmed Khiat  

Pour ma part, j’ai toujours cru que les légionnaires, durant l’ère coloniale, étaient issus exclusivement d’Allemands et des pays de l’Est tels la Roumanie, la Pologne, la Hongrie…, en sus des Sénégalais , jusqu’à ce matin où j’ai découvert qu’il y avait aussi des Japonais, des Vietnamiens et d’autres nationalités.

Ceci étant, il est connu que la France a pratiqué pendant la Révolution, la torture dans de milliers de Centres. Evidemment, les tortionnaires arrachaient les aveux aux prisonniers Algériens par tous les moyens inouïs : tenailles, tronçonneuses, électricité… et même le chalumeau ( 1 ).

Seulement le Centre de Saf-Saf, situé à 5 kms au Nord de Tlemcen, innovait. Et il y a de quoi : On y utilisait en plus de toutes ces exactions, un python ! Oui, un python de 7 mètres de long, pesant plus de 80 kg, capable d’avaler un canard vivant. Ce serpent des savanes était apprivoisé et dressé par un vietnamien. Il obéissait à ses ordres. Il était nourri surtout d’omelettes.

En effet, le prisonnier, qui refusait d’abdiquer sous la torture connue, est introduit dans la cage du python. Là, il n’a pas le choix : ou il ‘ parle ‘, ou il meurt étouffé par la puissante étreinte du reptile. Aussi, des centaines de civils et de djounoud furent-ils liquidés par ce moyen insolite, inhumain.

Devant tant de dégâts, Le F.L.N. à l’époque prit une résolution : Supprimer le python coûte que coûte. C’est un prisonnier du nom de Zitouni qui s’en chargea. Lisons ce que rapporte l’auteur ( 2 ) du livre ‘ Le Colonel Lotfi ‘ pages 119 – 120 :

« … c’est ainsi qu’un plan a été bien connecté par un certain Zitouni (3), moudjahid détenu dans le camp de Saf-Saf. Avec la connivence d’une femme de charge du colonel chef de la caserne, une Algérienne acquise à la cause, il mit en place un stratagème. Ce dernier consiste à glisser le souffre qui se trouvait sur les bouts des allumettes, dans l’omelette servie quotidiennement au python.

« Quinze jours sont passés et le python se dressait toujours dans sa cage, mais il perdit progressivement de sa vivacité, et ses étreintes sur les détenus n’avaient plus aucun d’effet.

« Au vingtième jour, lorsque le gros Vietnamien s’est approché de la cage pour lui servir un canard, le python ne manifesta aucun réflexe. Ce comportement intrigua le maître. Sans attendre il pénétra dans la cage et secoua le reptile. Mais sa surprise fut grande quand il découvrit avec stupéfaction que le python n’était plus qu’un mauvais souvenir. Une perte qui a rendu fou de rage le colonel, chef de la caserne, accusant le Vietnamien de négligence… »
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1) Voir ‘ Liberté, j’écris ton sang ‘, page 82 de Maître Benachenhou Mohamed Seghir ( Notaire à SBA )
2) L’auteur, M. Bellahcen Bali, ancien condamné à mort. Il a lui aussi sévi les tortures dans le Centre de Saf-Saf.
3) La grande rue de Hassi Zahana porte le nom d’un chahid du nom de Zitouni ’ dont la famille vit encore dans ce village. Est-ce la même personne évoquée dans le texte ?