"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

LE MIRACLE LITTERAIRE DU CORAN

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En plus d’être un texte de rappel « adh-Dhikr », une lumière « an-Nûr », et l’ultime parole de Dieu incarnée, délivrée aux hommes pour qu’ils puissent discerner la vérité de l’erreur « Al- Furqân », le Coran est également un texte fixé dans un style alors inimitable à l’époque de sa révélation, et nombreux sont ceux, qu’ils soient musulmans ou non, à avoir reconnu l’aspect mystérieux du livre sacré des musulmans.

  Un texte pur 

Le révérend R. Bosworth Smith, dans la préface de son livre « Mohammad et Mahométisme », dit du Coran qu’il est : « Un miracle de pureté de style, de sagesse et de vérité ».

Un écrivain britannique du nom de A.J. Arberry, dans la préface de sa traduction du Saint Coran, affirme : « Chaque fois que j’entends le Coran psalmodié, je m’imagine écoutant de la musique. Par delà le flot de mélodie qui s’écoule, le battement persistant d’un tambour s’entend. C’est comme le battement de mon cœur ».

Pour finir, on peut citer cet éminent savant, M. Marmaduke Pickthall, qui se convertit à l’Islam peu après avoir commencé l’écriture d’une traduction anglaise du Saint Coran, et qui écrivit dans sa préface pour décrire le texte coranique : « Cette symphonie inimitable, ces sons véritables qui transportent les hommes en pleurs et en extase ».

Ces hommes, qui n’avaient rien à gagner en parlant du texte coranique de la sorte, l’on fait en parfaite sincérité et objectivité. Ce ne sont pourtant ni des imams, ni de grands savants arabes, mais des écrivains impartiaux qui surent trouver les mots pour décrire l’effet saisissant qu’eut le Coran sur leur personne.

 Un texte morcelé 

La tradition et le Coran lui-même reconnaissent au prophète de l’Islam le statut de prophète analphabète « Nabi al-Ummi », qui n’a jamais écrit une seule ligne du Coran.

  1. 48. Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n'en n'écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes.
    Sourate 29 : AL-ANKABUT (L'ARAIGNÉE) 

    157. Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré(Nabi al-Ummi) qu'ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l'évangile.
    Sourate 7 : AL-ARAF

Il est à signaler que le Coran ne fut pas révélé en une seul fois au prophète Muhammad (PBSL) comme pourrait le penser un non initié à l'Islam, mais sa révélation par Dieu s'est étalée sur une durée de 23 ans. Il y a bien en cela une raison, que nous manquerons pas d'expliquer plus loin.

Le processus de sa fixation par écrit, est de nos jours parfaitement connu et identifié : chaque fois que Muhammad (PBSL) recevait de Dieu un ou plusieurs nouveau(x) verset(s) du Coran, il faisait appel à ses scribes (1) qui le notaient soigneusement sur des supports de fortune (omoplates de chameaux, morceaux de cuirs, feuille de palmier…). Le prophète (PBSL) se chargeait par la suite de dicter l’ordre et la classification dans lesquels les versets et les sourates devraient figurer. C’est ainsi que l’écrit coranique s’est formé dans un premier temps au fur et à mesure de sa révélation, verset par verset.

Quand l’on sait le résultat final que ce processus produisit, à savoir un texte non seulement cohérent, mais aussi un récit théologique plein de sagesse, de philosophie ou même de science (2) ; ce texte disposant à la fois d’un style littéraire incomparable et d’un contenu tout aussi riche, il est de bon ton de s’arrêter un moment est réfléchir sur la probabilité qu’un tel phénomène se produise dans l’Arabie d’il y a 14 siècle sans qu’une intervention divine soit nécessaire.

  1. 109. Dis : “Si la mer était une encre [pour écrire] les paroles de mon Seigneur, certes la mer s'épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand même Nous lui apporterions son équivalent comme renfort”.

    Sourate 18 : AL-KAHF (LA CAVERNE)

(1) La Mecque disposait à l’époque de très peu de gens sachant à la fois lire et écrire, parmi les scribes auxquels le prophète faisait appel, on peut citer Zaïd ibn Thâbit ou Abu Bakr son ami intime.
(2) Se référer à notre article sur les miracles de la création à travers le Coran >>.


 

 Un miracle spécifique aux arabophones 

L’histoire enseigne que les Arabes d’avant l’Islam, se considéraient partout en Orient comme des rhétoriciens et des poètes chevronnés. Au contact des autres nations, ils leur arrivaient de s’exclamer fièrement : nous sommes des arabes éloquents « Nahnou al-Arabe » et vous êtes des « Ajams (3) ». Les poètes arabes usèrent et abusèrent des vers poétique pour éblouir leur public, mystifiant ce dernier par leur verve et la maîtrise de leur langue. C’est d’ailleurs à l’occasion de nombreuses foires comme celle de Ukaz et d’autres évènements périodiques en péninsule arabique, que les poètes pouvaient faire l’étalage de leur talent poétique.

Afin de les éprouver et de leur montrer que leur éloquence n’était rien comparée au Verbe de Dieu, le Coran fut écrit en vers, dans une langue connu de tous, l’Arabe, que ces poètes pensaient pourtant maîtriser à la perfection.

« Il est vrai que l'impression de désordre (du Coran) s'évanouit devant la splendeur de la forme. Ce flot de langage (plus de 323 000 lettres groupées en 6 616 mots) vibre d'un rythme assonancé plus subtil et plus prenant que ceux de la vieille poésie. L'effet de son multiplie le sens avec tout ensemble une précision sémantique et des connotations étagées dont s'émerveille depuis quatorze siècles la rhétorique arabe. Cela "passe" parfois même en traduction. » (Jacques BERQUE)

Devant un tel miracle, beaucoup restèrent muets, et la pratique de la poésie diminua au fur et à mesure de l’avancée de la révélation. Certains tentèrent pourtant de tourner en dérision le prophète de Dieu (PBSL) en essayant de construire des phrases semblables à celles qu’ils pensaient que Muhammad (PBSL) récitait ou écrivait de son propre chef.

A cela Dieu, les mit alors au défi, aussi bien envers ceux qui feraient preuve d’assez d’impudence pour penser égaler ou même surpasser la parole Divine, et ceux qui porteraient quelques accusations calomnieuses envers le prophète Muhammad (PBSL) :

  1. 23. Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d'Allah, si vous êtes véridiques.
    24. Si vous n'y parvenez pas et, à coup sûr, vous n'y parviendrez jamais, parez-vous donc contre le feu qu'alimenteront les hommes et les pierres, lequel est réservé aux infidèles.
    Sourate 2 : Al-BAQARAH (LA VACHE)

    88. Dis : “Même si les hommes et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s'ils se soutenaient les un les autres”.

    Sourate 17 : AL-ISRA (LE VOYAGE NOCTURNE)

Ce miracle du style du texte coranique, est à mettre en comparaison avec les miracles apportés par Moïse et Jésus (PBSE) pour convaincre leur peuple respectif de reconnaître l'unicité Divine et se soumettre à Sa Toute Puissance.

Moïse (PBSL) fut envoyé à une époque où les gens maîtrisaient l’art de la magie et de l’illusion. Avec les miracles que Dieu lui confia (3), il fut à même de montrer la supériorité de Dieu sur les êtres humains dans le domaine de la magie.

Jésus (PBSL), naquit à une époque où la médecine se développait, et les juifs étaient alors réputés comme de grands médecins capable de guérir de nombreux maux. Afin de les éprouver, Dieu permis à Jésus (PBSL) de guérir les maladies les plus graves (comme la lèpre) et même de ressusciter les morts, avec l’exemple de son ami Lazare. Les juifs, devant ses miracles prodigieux devaient alors reconnaître la toute puissance de Dieu et le fait que malgré leur nombreuses connaissances, celles-ci ne sont rien comparées à l’omnipotence divine.

Dans une société arabe à tendance "orale" et fascinée par le verbe, Muhammad (PBSL) reçut en toute logique de Dieu un texte d’une pureté stylistique incomparable, que personne n’a réussit, et ne réussira, à égaler jusqu’à la fin des temps. Et ce texte utilise les lettres arabes, afin que ce peuple admette que seul Dieu possède à la perfection la maîtrise de leur propre langue.

  1. 103. Et Nous savons parfaitement qu'ils disent : “Ce n'est qu'un être humain qui lui enseigne (le Coran)”. Or, la langue de celui auquel ils font allusion est étrangère [non arabe], et celle-ci est une langue arabe bien claire.

    Sourate 16 : AN-NAHL (LES ABEILLES)

(3) Mot désignant les peuples non arabes, Ajam est parfois considéré comme étant un terme subjectif dans la langue arabe.


 

 Un apport considérable à la littérature Arabe 

« Pour essayer de comprendre l'influence du Coran, écrit en arabe, et qui a fait de l'arabe une langue de civilisation pour des millions d'âmes, il faut souligner les aspects spéciaux de la grammaire arabe, langue sémitique, puisqu'ils ont marqué le style de la pensée coranique. D'elle-même, la langue arabe coagule et condense avec un durcissement métallique, et parfois une réfulgence de cristal, l'idée qu'elle veut exprimer, sans céder sous la prise du sujet parlant. Elliptique et gnomique, discontinue et saccadée, l'idée jaillit de la gangue de la phrase comme l'étincelle du silex.

[…]

Précisons maintenant que le Coran est le premier texte arabe connu qui soit rédigé en prose et non en vers.

Tant que les langues primitives restent magiquement captives du rythme poétique, elles ne peuvent faire concevoir purement l'idée, elles ne peuvent devenir des langues de civilisation. Ce n'est pas sans raison que le Prophète arabe dénonçait les poètes de son temps comme des « possédés ». La rime et le mètre paralysent la libération de la pensée, captive de la mnémotechnique.

L'invention de la prose délivre la pensée des exigences métriques, des césures, des cadences. Évidemment, le Coran contient, surtout au début chronologique de sa notation, bien des passages en prose rimée, mais la rime s'interrompt quand la pensée l'exige, et ne la commande jamais.

Telle est la première originalité du Coran. »

Louis MASSIGNON (En Islam, jardins et mosquées)

De tous les écrits Arabes parus au cours des siècles, les savants et écrivains Arabes, musulmans ou non, s’accordent unanimement pour définir le Coran comme le texte phare de la littérature Arabe telle que nous la connaissons de nos jours. Il y a donc un avant et un après « Coran ».

Le grand arabisant et historien du Coran, Theodor Nöldeke, s’exprime d’ailleurs à ce propos dans ces termes : « Le Coran forme à lui seul un genre littéraire qui n'a pas eu de vrai précurseur et qui ne pouvait pas avoir de successeur ».

C’est la langue du Coran qui donnera ainsi naissance à l’Arabe classique, telle que nous la connaissons de nos jours, Le Coran est ainsi le premier texte dans lequel chaque voyelle est marquée par un signe distinct. Avant l’arrivé du texte coranique, personne ne se souciait des voyelles au sein d’un texte, car le contexte seul et l’instinct linguistique arabe suffisaient à distinguer les mots au sein des phrases et comprendre ainsi le sens général qui se dégage du texte (4).

Le Coran est surtout la première œuvre conséquente de la littérature Arabe, avec un texte de 114 sourates (chapitres) et de 6536 ayats (versets). Il est aussi le seul ouvrage au monde commençant certaines de ses sourates par des mots-clés mystérieux que la tradition appelle « Mukat'aat » (5). Le texte coranique, par son utilisation de multiples figures de styles, notamment des fameuses injonctions (« Dis »), du style narratif, de paraboles, de mises en abîme, tout en restant dans son ensemble un texte parfaitement lisible, reste l’exemple parfait de ce que la langue Arabe pouvait produire comme œuvre littéraire.

Du fait de son inimitabilité, reconnue rapidement et unanimement dans l'Arabie de l'époque, et qui aboutira à l’apparition de la doctrine du i'jâz que l’on pourrait traduire par « Miracle irreproduisible », le Coran contribuera à faire baisser l’oraison des poètes de l’ère pré-islamique « al-Jahiliya ». Beaucoup parmi ces derniers furent éclipsés par la splendeur du style coranique,. Il fallut ainsi attendre l’arrivée du VIIIième siècle avant que l’Arabie ne voit apparaître une nouvelle aire de poètes musulmans. Ces derniers ne purent toutefois s’extirper de l’influence exercée sur eux par le Livre de Dieu pour produire leurs œuvres. Parmi eux, Hassan ibn Thabit, composa des poèmes à la gloire du prophète Muhammad (PBSL), ce qui lui valut le surnom de « poète du prophète ».

« Message de l’islam, le Coran parle de façon tout à fait singulière. Il est la Voix et la Voie : Dieu parle à son être, à sa conscience, à son cœur et Lui montre le chemin de Son agrément, de Sa connaissance et de Sa rencontre : « Voici Le Livre, il ne s’y trouve point de doute ; il est une Voie pour celles et ceux qui ont acquis la conscience de Dieu ». Plus qu’un texte, il est le compagnon de route que l’on psalmodie, que l’on chante ou que l’on écoute : partout, dans le monde musulman, dans les mosquées, dans les demeures et dans les rues, on entend de magnifiques voix diffuser dans les airs la Parole du divin. Et les cœurs, parfois distraits, parfois attentifs, le plus souvent méditatifs, répondent à cet Appel qui est une invitation au dialogue lancée par le Créateur du Tout au cœur de chacun. Ici, point de distinction entre le savant (al-‘âlim) et l’être du commun, le Coran parle à chacun sa langue, à sa portée, à son intelligence, à son cœur, à ses questions, à ses joies comme à ses blessures. C’est ce que les ulémas ont appelé al-qirâ’a at-ta’abudiyya, la lecture ou l’écoute destinée à l’adoration. La musulmane ou le musulman lit ou écoute le texte en cherchant à s’imprégner de la dimension spirituelle du message : au-delà du temps, au-delà de l’histoire et des millions d’êtres sur la terre, Dieu lui parle, l’appelle et le rappelle, l’invite et l’oriente, conseille et commande... Dieu lui répond, à lui, à elle, à son cœur, sans intermédiaire, intimement ».

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4) La langue arabe n’est pas la seule langue dans ce cas, des langues sémites comme l’hébreu s’écrivent aussi sans tenir compte des voyelles. De nos jours, seuls les écrits réellement importants (ouvrages scientifiques et recueils divers) utilisent des marques pour mettre en valeur les voyelles, les journaux utilisant toujours l’arabe « ancien et traditionnel », sans voyelles.

(5) Ex : "Alif, lam, mim". Jusqu'à nos jours, il n'y eu pas vraiment d'explications convaincantes quant à la signification exacte de ces lettres.