"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

Que se passe-t-il à l'Université de Sidi Bel-Abbès ?

Écrit par Mir Mohamed

Fermeture de deux facultés et une administration aux abonnés absents

Fac centraleLe feuilleton du blocage de l’université Djillali Liabès de Sidi Bel-Abbès vient de connaître un nouvel épisode. Après la fermeture de la faculté des sciences exactes du site 1, il y a deux semaines, celle des lettres, des langues et des arts vient ces derniers jours de suivre son exemple en mettant à son tour un coup d'arrêt à toutes les activités pédagogiques, administratives et annexes.

Mir Mohamed

 

Le pire est à venir, en ce sens que l'effet de contagion est très fort sur le reste des sites et risque, en cas d’extension, de paralyser totalement l’université. Cette situation n’a pas manqué d’interpeller le corps enseignant à travers ses représentants du SESS. Première réaction à chaud cette batterie de questionnements qui résume tout le désarroi de la communauté universitaire dans son ensemble : « L'administration est-elle en mesure d'assumer les conséquences et les retombées du retard qui en découlera de ces fermetures ? Va-t-elle valider un semestre pédagogique tronqué ? Va-t-elle veiller à l'application de la réglementation et respecter les normes pédagogiques minimales ? Peut-on espérer que la réglementation soit appliquée alors que l’établissement ne possède même pas un règlement intérieur ?» Et en guise de réponse improbable, cette affirmation lourde de sens : « Le temps nous le dira…» Le temps dites-vous ?

A dire vrai, un temps de flottement et de tergiversation coupable de l’administration actuelle que le même syndicat a mis à profit pour faire et refaire le point de la situation à coup d’assemblées générales dont les PV n’ont pas trouvé le moindre d’écho auprès d’un recteur aux abonnés absents depuis sa prise de fonctions en novembre 2016.

Ce regrettable constat est dressé encore une fois par le collectif des enseignants de l’université, et ce par l’entremise d’une nouvelle déclaration parvenue, lundi soir par mail à la presse, et dont nous reproduisons in extenso ci après toute la teneur.

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UNIVERSITE DJILALI LIABES DE SIDI BEL ABBES
Collectif Des Enseignants


Déclaration

Suite à l’assemblée générale des enseignants du 23 janvier 2017, le comité des enseignants a tenu une réunion le 13/02/2018. Comme relevé lors de l’AG, le comité constate que les propositions et décisions prises lors de la réunion avec le recteur (le 20/11/2017) sont restées au stade de promesses. Les causes de ces blocages ou lenteurs sont à chercher, pour le moment, dans les organes de suivis.


          Par l’absence de suivi, le dossier d’agrément de la commission des oeuvres sociales reste encore en souffrance au niveau des services compétents de la wilaya et le problème des indues ponctions sur salaires est toujours ignoré par l’administration.

          La centralisation absurde de la gestion de la pédagogie et la recherche d’un semblant de paix sociale ont engendré des situations des plus contradictoires. Après la tentative de convocation d’un jury de délibérations en décembre, dans le département de français, pour reprendre les résultats de Juin, on assiste à la faculté des sciences économiques et de gestion, un forcing de l’administration pour valider le passage d’un
étudiant et son inscription en Février ! Les pressions exercées sur des enseignants et les interférences des responsables dans des questions d’ordre strictement pédagogiques ne font que discréditer un peu plus les diplômes et les formations au sein de l’établissement.

          Concernant les conditions de travail, des solutions radicales doivent être trouvées. Peut-on encore admettre qu’il y ait problème de reprographie ?

          Mutations d’enseignants. Contournant les procédures réglementaires de recrutement des enseignants, soumises aux avis de différentes instances (Département, CSD, CSF), un recrutement massif par voie de mutations a été opéré alors que ce mode de recrutement devait être d’exception. Ce genre de recrutements encourage le Népotisme au détriment de la qualité et de l’utilité des recrutements. N’a-t-on pas retrouvé des enseignants nouvellement mutés sans charges. Il peut aussi engendrer des comportements malsains de copinage et d’échanges d’intérêts.

          Problèmes de locaux (ESI et la Tour) Dans certaines facultés, le problème de disponibilité de locaux se pose avec acuité alors que certaines infrastructures sont toujours inutilisées, à l’exemple de la Tour au niveau du Campus. Pour la faculté de technologies, la récupération de l’annexe de l’ESI aidera à plus d’autonomie de gestion pédagogique des départements (examens, cours, TD..).

          Le comité a longuement discuté des stages à l’étranger. Il a relevé dans la gestion de ce budget un certain clientélisme et dénonce toute vision rentière de ces stages. Il dénonce les interférences de la banque par l’instauration de conditions et pratiques, pour le moins non réglementaires et humiliantes pour l’enseignant et l’université. Le comité a aussi soulevé le problème des visas et l’absence des mécanismes existants dans d’autres universités.

          Problèmes de logements. Le comité a relevé l’affirmation du SG à des représentants d’enseignants qu’une commission a été mise sur pied pour faire le point sur la gestion et l’état du patrimoine de l’université en logements. Selon les informations obtenues, aucune commission n’a été mise sur pied en ce sens. Ce genre de comportement ne peut que nuire au climat de confiance à construire au sein de l’université. Concernant le
problème des statuts des logements attribués, le comité considère que le flou maintenu renforce le climat d’instabilité et de précarité des enseignants et de leurs familles. Afin de décider des actions concrètes à entreprendre, le comité organisera une AG dédiée au problème du logement.

En conclusion, reprenant le constat de l’assemblée générale, le comité estime que ce cafouillage dans la gestion de l’université est dû à l’absence d’un projet global qui transcenderait tous les clivages et les petits problèmes (techniques). Le rôle des différents responsables qui se sont succédés s’est limité à la gestion du quotidien. A tous les paliers, l’administration a failli. Il est impossible de sortir de cette spirale de problèmes qui discréditent chaque jour un peu plus l’université. On ne peut pas innover avec les mêmes mentalités bloquées, ni « faire du neuf avec du vieux ». L’université a besoin d’un projet et de sang nouveau capable de mener ce dernier à bien.

Le comité des Enseignants