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Histoire: Les principales actions déclenchées en Oranie le 1er Novembre 1954

Écrit par Mir Mohamed

1er Novembre 1954

Certaines sources estiment entre cinq et six le nombre de groupes à l’origine des opérations déclenchées en Oranie aux premières heures du 1er novembre 1954. Comme ce fut le cas pour les autres régions du pays, il s’agit essentiellement d’actions commando décidées à l’issue d’une réunion tenue à Aïn Kihal par les principaux dirigeants de la révolution en Oranie dans le prolongement de la rencontre de la Pointe Pescade du 10 octobre 1954.

Par Mir Mohamed

Auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre de libération, le commandant aujourd’hui disparu, feu Nedjadi Boualem, s’est tout particulièrement attaché à reconstituer la composante humaine initiale de ces fameux groupes d’action dont les membres ont malheureusement quitté tour à tour notre monde dans l’anonymat le plus total et sans avoir livré leurs témoignages à l’expertise de l’histoire. De son vivant, notre regretté interlocuteur a bien voulu revenir sur les groupes et opérations menées à l’époque en se référant pour ce faire aux sources documentaires les plus connues, notamment Ainad Tabet, M. Guentari, M. Messaoud…  En voici une synthèse.
Le groupe d'Ahmed Zabana s'attaqua à la maison forestière de St Lucien dont il abattit le gardien. Ensuite, Iors d'un accrochage dans la région de Sig, à l’endroit appelé la mare d’eau (El Gaâda), Zabana, blessé, est fait prisonnier par tes forces coloniales. Jugé par un tribunal militaire d’Alger, le 3 mat 1956, il est condamné à mort et guillotiné à Barberousse le 19 juin 1956. Au cours de cet accrochage deux de ses compagnons ont été blessés et aussitôt arrêtés. Il s’agit de Cheriet Ali Cherif et Fettah Mohamed Abdellah. Le premier a été tué par les français en février 1958 à Oran. Le second bénéficiera d’une grâce et sa peine fut com¬muée en prison à perpétuité. Il fut libéré au mois de mai 1962 et restera jusqu’à sa mise à la retraite un simple employé de la Sonelgaz avant de s’éteindre le 4 avril 1999 A Oran
Concernant le groupe d’Abdelmalek Ramdane, qui était adjoint de Ben M'hidi mais aussi un ancien de l'OS comme Zabana et Ben Alla,  il passa à l'action dans la nuit du 31 décembre au 1er novembre 1954 dans la région de Mostaganem, au Bosquet de Sidi Ali, non loin de Cassaigne. Les hommes de Ramdane attaquèrent deux fermes (Mossanigo et d'Edmé De Jeanson), le poste de la gendarmerie du village et procédèrent au sabotage d’un transformateur et au sciage des poteaux téléphoniques, sans compter I’exécution d’un Européen. Cette même nuit, le préfet Lambert ordonna une mobilisation de militaires, gendarmes et policiers. Toutes les sources consultées ne nous apprennent pas comment ce sinistre individu de préfet aurait pu avoir connaissance que « quelque chose se préparait... » Seul l’accès aux archives coloniales pourrait un jour nous éclairer davantage sur cet important épisode de notre glorieuse révolution.
À l’époque, la situation étant jugée calme dans cette région et, après son coup d'éclat, le groupe d’Abdelmalek Ramdane ne s'attendait probablement pas du tout à une réaction aussi rapide des forces ennemies. C’est ainsi que le groupe se fit accrocher à l’aube. Le terrain, fort peu accidenté et défavorable à l’effet de surprise de la guérilla et au repli, joua malheureusement en leur défaveur. Ce début novembre allait enregistrer dès lors, en lettres de sang, le sacrifice des premiers chouhada de la révolution avec Ramdane comme le premier chahid du «groupe des 22» du Clos Salembier.
Pour ce qui est de Larbi Ben M'hidi, son groupe avait mené plusieurs opérations, à savoir incendies de dépôts de liège, sabotage de lignes téléphoniques et électriques et de voies de communication routières et ferroviaires, notamment entre Ahfir et Sabra. Dans la région de Sebdou. un autre groupe de combattants était chargé d'incendier les chantiers d’alfa, mais les autorités avaient déjoué l'opération.
Le groupe de Hadj Ben Alla devait attaquer, lui, un poste de gendarmerie et lancer un raid surprise contre la poudrière militaire d’Eckmuhl. Cependant, l’opération n’a pu avoir lieu à cause du chauffeur de taxi Samuel A. que le commando a éliminé pour préserver l'action du 1er novembre. Deux éléments du groupe d’Oran rejoignirent entre-temps celui de Zabana.
Enfin, le groupe de Ouaddah Benaouda a tenté de faire dérailler le train Oran - Témouchent, près de Rio Salado (El-Malah). Repéré, d’une part, défavorisé par ta nature du terrain, d’autre part, le groupe devait enregistrer malheureusement la perte de Berraho Kada qui fut l'un des premiers chouhada de la glorieuse révolution algérienne.