"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

A travers l'affaire Maurice Audin, il faut montrer que des milliers d'Algériens ont subi le même sort

Écrit par APS
A travers l'affaire Maurice Audin, il faut montrer que des milliers d'Algériens ont subi le même sortPARIS - L'historien Gilles Manceron a estimé mercredi que le "plus important" maintenant est de montrer, à travers la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français sur l'assassinat de Maurice Audin, que des milliers d'Algériens ont subi le même sort.

 

"On ne peut que saluer cette déclaration présidentielle qui donne raison à ce combat mené pendant plus de 60 ans. En particulier se féliciter de la décision d’ouvrir les archives et d’appeler aux témoignages. Mais ce qui est important maintenant, c’est de montrer que le cas de Maurice Audin n’était pas isolé et que des milliers d’Algériens ont subi le même sort", a indiqué, dans un entretien à l'APS, l'historien qui est membre de l'Association Maurice-Audin.

C'est la raison pour laquelle, a-t-il expliqué, des associations et des médias ont décidé de créer le site internet 1000autres.org pour "contribuer à faire connaître la vérité sur le sort des nombreuses victimes de disparitions forcées durant cette guerre".

Ce site internet intitulé "Enlevés, détenus clandestinement, torturés et parfois assassinés par l’armée française, Alger 1957 - des Maurice Audin par milliers" publie plus de mille notices individuelles sur des personnes enlevées et séquestrées à Alger en 1957, dont les proches ont cherché à avoir des nouvelles et dont certaines ne sont jamais réapparues.

L'historien considère que leur nombre ne manquera pas de s’accroître lorsque d’autres cas documentés lui seront signalés. "C’est un appel à témoignages, notamment vers une mémoire familiale qui est encore vive. Ce travail est nécessaire, car on a menti au peuple français en lui dissimulant ce qui se passait réellement en Algérie, on l’a trompé pendant des décennies avec un discours mensonger sur le ‘maintien de l’ordre’", a-t-il soutenu, relevant qu'"il n’est pas étonnant, dans ces conditions qu’une bonne partie des Français, qui n’ont entendu que ce discours, votent aujourd’hui à l’extrême droite".

Gilles Manceron pense que l’occultation de cette page d’histoire, sa méconnaissance, est "l’une des causes du racisme anti-arabe dans une partie de la société française".

"Il faut informer celle-ci et l’amener à réfléchir à son sujet, car l’ignorance de cette page de son histoire a encore des conséquences sur son présent. Et ce travail de vérité est aussi une des conditions pour que s’ouvre une ère nouvelle dans les relations entre les peuples algérien et français", a-t-il affirmé, notant que la déclaration du président Macron reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans l’enlèvement, la torture, l’assassinat de Maurice Audin par des militaires français à Alger, en 1957, durant la guerre d’indépendance de l'Algérie, "met fin à un mensonge officiel répété par les autorités de la République française pendant près de 61 ans".

Il a ajouté que ce qui est important dans cette déclaration, "c’est qu’il a reconnu en même temps que la torture a été utilisée alors comme un outil de terreur contre les Algériens engagés pour l’indépendance de leur pays et qu’il a soulevé la question de la responsabilité du système institué alors qui avait été rendu possible par des lois adoptées par le parlement, à commencer par celle des +pouvoirs spéciaux+ votée en mars 1956".