"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

8e Salon National de l’innovation: Absence flagrante des grandes entreprises, des « capitaines d’industries », des structures de recherche développement...

Pourquoi s’encombrer de l’innovation tant que le CKD existe ?

Salon national innovation 02La 8eme édition du Salon National de l’innovation démarre sur les chapeaux de roues ; organisée par l’INAPI, drivée par une équipe prête à en découdre avec la problématique de  « l’innovation », dont l’épine dorsale est sa protection, sa brevetabilité.

Par Abdelwaheb HAMINA.

 

Inauguré par Monsieur le Secrétaire Général du Ministère de l’Industrie et des Mines, accompagné de nombreux Directeurs Centraux et hauts cadres, le Salon dans cette nouvelle mouture revêt un caractère novateur à plusieurs niveaux :

  • Sa tenue dans l’enceinte majestueuse de l’Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene de Bab Ezzouar (USTHB), avec ses quarante mille étudiants environ ;
  • La participation d’expert de l’Organisation Mondiale de la Propriété Industrielle (OMPI) et d’experts universitaires de renommée mondiale ayant œuvré pour la pose de jalons fiables d’une stratégie nationale de l’innovation ; d’anciens cadres centraux ayant eu la charge de tracer les lignes directrices d’une architecture à même de prendre en charge les phénomènes de l’innovation, de l’invention et de la valorisation des résultats de la recherche ;
  • La présence de nombreux inventeurs dans des domaines aussi riches que variés, émanant d’horizons divers : du chercheur universitaire aux adeptes du « do it yourself », et aux illuminés croyant découvrir la roue.
  • L’omniprésence de structures d’appui, pépinières d’entreprises – incubateurs qui œuvrent au niveau de leurs territoires respectifs à mettre en place grâce aux CATI , les écosystèmes nécessaires à la prise en charge du « paradigme » innovation et à instaurer des liaisons entre les divers acteurs de l’écosystème en question. Ces structures censées servir de socle aux créateurs d’entreprises se trouvent, elles-mêmes, dans une situation d’instabilité et de déséquilibre qui suscite de nombreux questionnements. C’est là un autre débat.
  • La participation active d’acteurs fondamentaux du processus d’innovation que sont les laboratoires de recherches de l’UTHB et des doctorants, qui auraient dû être renforcés par ceux d’autres universités.

En dehors de quelques aspects nouveaux motivants et suscitant l’émulation des individus et structures intéressées par la question, comme certains qui croient « dur comme fer » que le take-off de l’innovation en Algérie se fera coute que coute, avec ou sans les différents protagonistes ; comme pour paraphraser, feu le président Boudiaf, « la révolution se fera même avec les singés de la Chiffa ».

En dehors, aussi des « don quichotte » qui se battent contre des moulins à vent, qui se font l’illusion de la tâche accomplie, mettant de côté toute évaluation objective des actions menées et des moyens mobilisés.

Hormis cela, nous avons noté l’absence flagrante des grandes entreprises, des « capitaines d’industries », des structures de recherche développement, des capitaux-risqueurs, des  « business angels » et des mécènes.

Pourquoi s’encombrer de l’innovation tant que le CKD existe ?

Les bourses de sous-traitance aussi qui doivent accompagner les innovateurs et inventeurs ; les structures de veille technologique et les opérateurs d’intelligence économique, comptent parmi les grands absents de cet événement.

Le fonds d’amorçage tant attendu et les structures qui bénéficient d’apports internationaux dans le cadre des programmes bilatéraux et multi latéraux d’aide et de mise à niveau ne se manifestent que dans certains évènements.

Au-delà de ce balayage rapide de la galaxie innovation, le profane que je suis, déduit que nous naviguons à contre-courant, les efforts colossaux consentis, tant sur le plan institutionnel, que sur les autres plans, ne parvient pas à dégager les résultats escomptés. Donc il y’a un problème quelque part.

Nous assistons, ici et là, à la naissance de concepts nouveaux, par mimétisme ou effet de mode, on entend parler de villes intelligentes « smart cities », d’immeubles intelligents, d’intelligence artificielle etc… Sans parler du changement, ni de son accompagnement, ni de la mise en condition des acteurs et de l’environnent. L’intelligence humaine, on en fait abstraction.

Tant que nous n’appréhendons pas l’innovation dans un cadre systémique, comme l’a si bien dit le Pr Abdelkader Djeflat, les effets attendus sur le développement resteront vains.

Les décideurs doivent rester attentifs au « feed back » retour d’information et organiser la valorisation de la recherche par rapport aux filières ou en fonction des territoires.