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Conséquences de la "décennie noire" sur les écrivains algériens

Conséquences de la "décennie noire" sur les écrivains algériens
PARIS - Un nouvel ouvrage "Algérie, les écrivains de la décennie noire" tente d'apporter une autre lecture littéraire et sociologique sur les années 1990 où l'Algérie était confrontée à la barbarie terroriste qui n'a épargné aucune frange de la société et encore moins les intellectuels.

 L'auteur de cet ouvrage (2018, CNRS Editions, 344 pages) Tristan Leperlier, chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (EHESS) essaie de faire comprendre, à travers son étude, la guerre des écrivains algériens dans les années 1990 en mettant la lumière sur leur place dans les sociétés algérienne et française.

S'adressant à des lecteurs curieux qui veulent découvrir une littérature algérienne "proche et lointaine de langue française ou arabe".

Tristan Leperlier, normalien et docteur en sociologie et littérature, dont sa thèse de doctorat soutenue en 2015 avait pour thème "Une guerre des langues ?: le champ littéraire algérien pendant la +décennie noire+ (1988-2003) : crise politique et consécrations transnationales", estime que face à une telle tragédie, le poète et journaliste, se référant à Tahar Djaout, "réveille le sens héroïque de la littérature".

En analysant cette période douloureuse vécue par les Algériens, l'auteur ambitionne de comprendre "ce que le politique fait à la littérature et ce que fait la littérature au politique", tout en soulignant que l'écrivain algérien est "l'objet de luttes permanentes" entre les acteurs du champ littéraire qui est multilingue et transnational.

Son étude, très riche en références bibliographiques, s'appuie sur des méthodes littéraires et sociologiques formant ainsi un corpus littéraire élargi qui a été constitué à partir de la littérature critique et des entretiens avec plus de 70 écrivains.

L'auteur montre que les engagements littéraires et politiques des écrivains algériens pendant la "décennie noire" sont liés à leurs positions dans leur champ littéraire qui a une "triple caractéristique" : bilingue, transnational et politisé.

A cet effet, les premiers chapitres de l'étude, qui s'ébranle des événements du 5 octobre 1988, rendent compte des prises de position politique des écrivains et montrent que les violences de cette période illustrent une "véritable crise" pour le champ littéraire.

C'est ainsi que cette analyse poussée, ayant une base documentaire solide, tente de "montrer la nécessité, pour comprendre les prises de position des écrivains algériens dans la +décennie noire+, de les restituer dans leur champ d'exercice, un champ littéraire surpolitisé, bilingue et transnational".

Pour le sociologue, qui fait également un travail de critique littéraire, la tragédie nationale n'a pas "révolutionné" le champ littéraire, "mais en a modifié les contours".

Pour mettre en valeur la diversité du champ littéraire algérien, Tristan Leperlier revient sur les romans des écrivains qui ont marqué l'Algérie d'avant et d'après l'indépendance comme Mohammed Dib, Assia Djebar, Maïssa Bey, Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni et Yasmina Khadra pour ne citer que ceux-là.

Sur le même thème un entretien accordé à VO par le Pr Habib Mounsi sous le titre « Le roman algérien : une écriture de l’éclatement et de l’éclaboussure… »