"Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés ils deviennent des sujets" (Alfred Sauvy)

Face à la crise économique, développer les emplois verts

Emplois verts 01Face aux changements climatiques, aux sécheresses répétées et une désertification qui menace la partie septentrionale de l’Algérie et toutes les infrastructures il urge de mettre en place une stratégie articulée autour des emplois verts.

Par K. BENABDELI

 

La crise économique et financière aidant, les créneaux créateurs d’emplois sans de gros investissements et sans avoir à importer des produits se trouvent dans l’encouragement de l’écologie utile. La préservation des ressources par temps de crise reste une priorité nationale contre la dégradation des ressources naturelles et la protection des infrastructures. D’autres retombées positives peuvent également être attendues comme la production de fruits, la mobilisation de l’eau, la protection des barrages,

Face à toutes les menaces sur notre environnement il urge de mettre en place une réelle stratégie nationale axée sur les points suivants :

  • Identifier tous les dangers environnementaux
  • Dresser une cartographie du risque et des priorités
  • Quantifier les actions à entreprendre par secteur
  • Elaborer un schéma directeur d’emplois verts
  • Former aux métiers de l’environnement
  • Initier une taxe protection de l’environnement sur le transport

Les principales actions à entreprendre et programmer dans un plan national écologique se résument comme suit :

  • Lutte contre l’érosion : l’équivalent de 35.000 hectares de terres arables soit plus de 100.000 mètres cube sont perdus annuellement par l’érosion hydrique. Chaque hectare exposé à ce phénomène perd annuellement entre 10 et 16 mètre cube de terre. Plus de 13 millions d’hectares sont menacés par ce phénomène dont 4 millions d’hectare sont à un stade avancé d’érosion et nécessitant une intervention urgente.
  • Lutte contre le ruissellement : sur les 12 à 17 milliards de mètre cube d’eau reçus annuellement des précipitations plus de 5 milliards ruissellent et constituent une perte inacceptable. La faiblesse des terres irriguées (seulement 400 à 600 000 ha) et l’agriculture extensive confirme la mauvaise maîtrise de cet élément qu’est l’eau.
  • Lutte contre la déforestation : la forêt est un espace vital pour la lutte contre l’érosion, l’équilibre écologique et la protection des espaces agricole, la biodiversité et la pérennité des ressources hydriques en plus de leur rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique. Avec seulement 4 millions d’hectares de formations forestières l’Algérie reste le parent pauvre dans ce domaine. Les incendies détruisent plus 30.000 hectares annuellement alors que le reboisement n’est qu’à 20.000, un manque à gagner qui ne cesse de s’amplifier. Plus de 4 millions d’hectares restent à boiser et reboiser.
  • Lutte contre la dégradation de la steppe : espace vital dont les rôles socio-économique et écologique ne sont plus à démontrer. Sur une superficie de l’ordre de 16 millions d’hectares seuls 4 millions sont réellement couverts par l’alfa et participent au développement de la zone. Le reste est soumis à des pressions quasi-permanentes (parcours, brûlis, surexploitation, défrichement) transformant cet espace en zone propice à la désertification. Plus de 2.5 millions d’hectare sont cultivés annuellement et distraits définitivement de cet espace. Un effectif ovins estimé à plus de 10 millions de têtes parcoure pendant plus de 8 mois dans cet espace et le fragilise en permanence par éradication d’espèces végétales.
  • Lutte contre l’ensablement : généralement c’est le chiffre de 25.000 hectares de surface arable qui sont ensablés annuellement et la barrière naturelle qu’est la steppe est sérieusement menacée. La fixation des dunes et des cordons dunaires sur des milliers d’hectares (3 millions au moins) s’impose pour sauver des agglomérations et des terres productives dans le sud.
  • Prise en charge des contraintes de l’urbanisation : Plus de 2400 hectares sont retirés annuellement à la surface agricole utile pour répondre aux besoins de la construction. Plus de 130.000 personnes quittent la campagne pour les villes. L’urbanisation génère des problèmes d’environnement de plus en plus difficiles à gérer et qu’il faut prendre en charge le plus rapidement possible.
  • Protection du réseau voie ferrée, routes et auto-routes : Le réseau routier national est estimé à 102.000 km avec une nécessité de protection biologique en matière de consolidation de berges, alignement, pour plus de 50% soit 100.000 km nécessitant 10 millions d’arbres. La voie ferrée longue de 4000 km nécessite une protection par des rideaux biologiques de stabilisation et protection contre le bruit exigeant environ 10 millions d’arbustes. Annuellement il est possible de créer 1000 emplois pour faire face à un programme annuel de 5000 km.
  • Les espaces verts : une commodité obligatoire à assurer dans les espaces urbains pour l’équilibre écologique et le bien être des citadins. L’urbanisation s’est faite en Algérie sans tenir compte de ce volet et le déficit en infrastructure verte s’est aggravé avec le temps et sous la pression de la demande en logements. Le déficit en espaces verts est estimé à plus de 35.000 hectares répartis comme suit : 18.000 ha pour les espaces de loisirs verts, 10.000 ha pour les ensembles urbains et 7.000 ha pour les squares et jardins. Les normes retenues sont de 10 mètre carrés par habitant alors que le ratio actuel n’est que de 1,5.
  • Les déchets : annuellement il est produit plus de 3.500.000 tonnes de déchets domestiques et 4.500.000 tonnes de déchets industriels sans aucune stratégie. L’absence de schémas directeurs de collecte et d’élimination de ces déchets engendre des contraintes d’ordre environnementales, sociales et économiques souvent difficile voir impossible à juguler quand elles s’amplifient. Actuellement plus de 35 millions de tonnes de déchets industriels attendent une solution où 350.000 sont classés comme dangereux et toxiques. La présentation des déchets, la collecte, le tri, le traitement, le stockage, la récupération, le recyclage et la commercialisation constituent des activités lucratives de premier ordre créatrices d’emplois permanents et générateurs d’économies. Ce secteur peut employer facilement entre 1 et 1.5 emploi pour 1500 habitants.
  • Gestion des déchets valorisables : la création de centres locaux et régionaux spécialisés dans la récupération des différents déchets pour les 15 millions de tonnes de déchets domestiques et 700.000 tonnes de déchets industriels (120.000 tonnes de carton, 400.000 tonnes de métaux divers, 120.000 tonnes de plastiques etc..) nécessitent plus de 3000 emplois.
  • Le bruit et les nuisances : Les rideaux biologiques protégeant les agglomérations contre le bruit, la poussière et la pollution atmosphérique constituent une action verte remarquable et bénéfique. Les besoins sont estimés à plus de 200.000 ha où une densité de ligne d’arbre d’alignement de 200 plants par hectare fixe les besoins à 40 millions de plants. Possibilité de créer des emplois en retenant comme norme 1 emploi par km². Une tranche annuelle de 20.000 ha est réalisable. Une ceinture biologique protégeant toutes les agglomérations menacées par l’ensablement et le vent, soit toutes les villes localisées dans les étages arides et saharies. Toutes les décharges publiques doivent être matérialisées et délimitées par un rideau biologique dense.
  • Contrôle de la pollution urbaine : l’observation, le suivi et l’évaluation, en vue d’une atténuation et d’une gestion, des nuisances dans le milieu urbain offrent une gamme d’emplois variés et spécialisés. L’installation de capteur, les études et les stations d’observations mobilisent plus de 500 emplois à raison de 10 emplois seulement par chef lieu de wilaya. Toutes les communes de plus de 100.000 habitants doivent être doté de structure chargées de la surveillance de la pollution.
  • Les eaux usées: entre 600 et 700 millions de mètre cube annuellement sont rejetés par les agglomérations au niveau national en plus des rejets industriels évalués à 300 millions au moins. Que faire de ce milliard de mètre cube d’eau usée et polluée ? le recyclage et l’épuration constituent des solutions incontournables alors que les capacités totales installées ne sont que de 8 à 9 millions d’équivalent-habitants soit un déficit remarquable de l’ordre de 15 millions équivalent-habitants. La centaine de stations de traitement et d’épuration des eaux ne sont pas toutes fonctionnelles au regard des coûts excessifs de fonctionnement et des process utilisés. L’installation de plus de 900 stations et la construction de systèmes de lagunage pour plus de 600 communs constitue une action possible et utile. Une moyenne de 10 à 20 emplois pour les STEP et 1 à 5 pour les stations de lagunage constituent une base acceptable d’emploi. La récupération des boues comme compost est génératrice d’emplois et de revenus appréciables induisant des emplois permanents car les rejets sont constants. La production de boue peut être évaluée à 1500 mètre cube pour 100.000 équivalents habitants.
  • Cadre de vie : ce volet regroupe les aménagements urbains, les entretiens, décoration et lutte contre la pollution. Ces activités constituent une activité permanente et peuvent mobiliser en moyenne 10 personnes pour 100.000 habitants soit plus de 3.000 emplois permanents. Dans cette activité les actions suivantes peuvent être prises en charge : aménagement urbain, environnement urbain, aménagement des cités, décoration, lutte contre la pollution.

Ingénierie environnementale : les technologies environnementales sont retardataires et doivent être développées, les domaines d’intérêt sont:

  • la présentation, la collecte, le transport, le tri, le stockage et le recyclage
  • l’installation des unités de traitement des eaux usées et des décharges
  • le conditionnement et le transport des déchets dangereux
  • les études d’impacts et les expertises environnementales

Ces activités de spécialistes peuvent être à l’origine de création de bureaux d’études et de conseils pouvant être estimés sur la base de 3 pour une agglomération de plus de 200.000 habitants soit plus de 1000 emplois.

Identification des actions annuelles et pluriannuelles

Identification des activités

Unité

Volume global

Tranche annuelle

01

Lutte contre l’érosion

Ha

13.000.000

50.000

02

Lutte contre le ruissellement

Ha

6.000.000

25.000

03

Lutte contre la déforestation

Ha

2.000.000

30.000

04

Lutte contre la dégradation de la steppe

Ha

6.000.000

500.000

05

Lutte contre l’ensablement

Ha

3.000.000

100.000

06

Gestion des déchets

Tonne

8.000.000

8.000.000

07

Valorisation des déchets

Tonne

700.000

700.000

08

Lutte contre le bruit

Ha

200.000

10.000

09

Réseau routier

Km

100.000

5.000

10

Lutte contre la pollution

Unité

50

50

11

Recyclage des eaux usées

M3

600.000.000

600.000.000

12

Espaces verts

Ha

35.000

5.000

13

Réserves et parcs naturels

Ha

250.000

50.000

14

Cadre de vie

Ha

200.000

10.000

15

Engénérie environnementale

Unité

25

25

16

Commercialisation

Tonne

1.000.000

1.000.000

17

Arboriculture

Ha

1.000.000

20.000

18

Mise en valeur agricole

Ha

1.000.000

20.000

19

Récolte graines

Tonne

100.000

10.000

20

Amélioration pastorale

Ha

1.500.000

50.000

24

Travaux sylvicoles

Ha

4.000.000

250.000

25

Industrie verte

Tonne

1.000.000

500.000

 

Possibilités de création d’emplois

Activités

Objectifs/an

Production

Travaux

Emplois

Espaces verts

3.000 ha

600.000 jrs

100.000 jrs

3.500

Arboriculture

20.000 ha

200.000 jrs

400.000 jrs

3.000

Reboisement

30.000 ha

600.000 jrs

200.000 jrs

4.000

Lutte contre l’érosion

50.000 ha

250.000 jrs

150.000 jrs

2.000

Lutte contre l’ensablement

100.000 ha

500.000 jrs

300.000 jrs

4.000

Aménagement de la steppe

500.000 ha

200.000 jrs

300.000 jrs

2.500

Mise en valeur

20.000 ha

400.000 jrs

200.000 jrs

3.000

Travaux sylvicoles

250.000 ha

-

250.000 jrs

1.500

Exploitation forestière

250.000 ha

 

100.000 jrs

2.500

Réseau de brise vent

250.000 ha

100.000 jrs

400.000 jrs

2.500

Amélioration pastorale

50.000 ha

100.000 jrs

250.000 jrs

1.500

Parcs et réserves

250.000 ha

  50.000 jrs

100.000 jrs

   1.000

Protection des villes

10.000 ha

200.000 jrs

100.000 jrs

1.500

Déchets domestiques

4.000.000 t

800.000 jrs

400.000 jrs

6.000

Déchets industriels

700.000 t

100.000 jrs

500.000 jrs

2.000

Récolte graines

10.000 t

100.000 jrs

200.000 jrs

1.500

Industrie verte

1.000.000 t

200.000 jrs

200.000 jrs

2.000

Cadre de vie

-

500.000 jrs

300.000 jrs

4.000

Réseau routier

5.000 km

 

200.000 jrs

1.000

Eaux usées

600.000.000 m²

-

200.000 jrs

6.000

Petits équipements

1.000.000 u

300.000 jrs

100.000 jrs

2.000

Commercialisation verte

1.000.000 t

-

200.000 jrs

1.000

Etudes et conseils

-

-

-

1.000

Total

     

58.000